Dieppe et le Canada

une longue histoire

Nova Francia,

quand Dieppe écrivait l'histoire du Canada

Dieppe et le Canada sont liés depuis bien longtemps. Il y a plus de cinq siècles, en 1508, l’armateur Jehan Ango père envoie Thomas Aubert explorer les rivages de Terre-Neuve où les Normands dont des Dieppois, pêchent déjà la morue. Quelques années plus tard, en 1524 Giovanni Verrazano à bord de La Dauphine, découvre et longe les côtes du Canada qu’il dénomme Nouvelle France (Nova Francia). Il parvient même à s’engager dans l’embouchure de l’Hudson (aujourd’hui New-York). C’est le point de départ des grandes expéditions.

Nouvelle France

En 1604, le roi Henri IV nomme Aymar de Chastes, alors gouverneur de Dieppe, premier vice-roi de la Nouvelle France. Mais celui-ci meurt au cours du voyage vers la terre promise en ayant néanmoins confié à Samuel Champlain le soin de conduire une nouvelle expédition. Ce grand voyageur parvient à remonter le fleuve Saint-Laurent et fonde Québec en 1608. Il persuade Henri IV de fonder une colonie au Canada.

En 1617, Louis Hébert embarque à Dieppe avec sa famille pour aller s’installer au Canada, ce qui lui vaudra le titre de Père du Canada. Finalement, durant tout le XVIIe siècle, des Dieppois, souvent des protestants (qu’on appelait alors les huguenots) chassés par la révocation de l’édit de Nantes, vont quitter leur ville pour aller s’établir au Québec. Parmi eux figurent Charles Le Moyne et ses enfants. Ce dernier servit d’interprète auprès des Indiens Iroquois et fut l’un des premiers chefs militaires de Montréal.

Entre 1759 et 1763, les colons français, outre la rigueur du climat, la disette et les combats avec les Indiens, doivent faire face à un nouveau péril : l’Angleterre. Un des plus mémorables combats navals de notre histoire se déroule en rade de Québec et de Louisbourg. Le lieutenant de vaisseau dieppois, Jean Vauquelin, mène le combat à bord de l’Atalante du 16 au 18 mai 1760. Mais son héroïsme reste vain, le Québec capitule. Les Dieppois deviennent britanniques contre leur gré lors du traité du 17 février 1763. Ils instaurent une résistance baptisée la revanche des berceaux. Chaque famille met au monde entre quinze et vingt enfants qui perpétuent l’usage de la langue française. C’est à compter de cette période que les relations entre la France et le Canada s’estompent. Mais l’esprit normand demeure.

Pour plus d’informations, vous pouvez télécharger la brochure Focus, 500 ans d’histoire commune Dieppe/Canada.

L’opération Jubilee et la Libération

Au printemps 1942, la situation des Alliés est délicate. L’Allemagne triomphe sur tous les fronts. Imaginé dans l’idée de donner des gages de bonne volonté aux Russes qui réclament l’ouverture d’un second front, le Raid sur Dieppe vise à entretenir chez les Allemands la crainte d’une attaque sur le front Ouest et de les contraindre à redistribuer leurs forces pour réduire la pression à l’Est.

L’Opération Rutter, programmée le 8 juillet 1942, est annulée en raison de très mauvaises conditions atmosphériques. Finalement reportée, elle est rebaptisée Opération Jubilee. Son objectif sur le plan militaire ? Déterminer s´il est possible de s´emparer d´un port en vue d’un débarquement de très nombreuses troupes nécessaires pour libérer l´Europe.

Au matin du 19 août 1942, de Sainte-Marguerite à Berneval, huit plages de la région dieppoise sont le théâtre de combats. Chacune des attaques a pour objectif des sites stratégiques. Ce coup de force ne doit pas durer plus de dix heures.

6 100 hommes de huit nationalités au moins sont engagés à terre, sur mer et dans les airs : 5 000 Canadiens, des commandos britanniques, des Américains, des Polonais, des Tchèques, des Australiens, des Néo-Zélandais ainsi que des éléments des Forces françaises libres.

L’Opération Jubilee se solde par un bilan dramatique : les Alliés enregistrent 1 200 tués (dont 913 Canadiens), 1 600  blessés et plus de 2 000 prisonniers. Parmi la population civile de la région dieppoise, le bilan fait état de 48 tués et d’une centaine de blessés. L’armée du Reich comptabilise pour sa part près de 600 morts ou disparus et près de 300 blessés. Ainsi, plus de 1 800 personnes trouvèrent la mort au cours de cet affrontement de moins de dix heures.

Un chiffre qui traduit l’intensité des combats du Raid du 19 août 1942 sur Dieppe. Particulièrement meurtrière, l’Opération Jubilee demeure controversée. On retien-dra toutefois qu’elle fut riche d’enseignements pour la préparation du Débarquement du 6 juin 1944 sur les plages de sable de Basse-Normandie.

Le 1er septembre 1944, symboliquement, l’une des divisions canadiennes ayant pris part à l’Opération Jubilee, entre en tête du cortège allié pour libérer Dieppe.

En 1952, en hommage à cette histoire partagée, une ville nouvelle du Nouveau Brunswick, au Canada, est baptisée Dieppe.

Pour plus d’informations, vous pouvez télécharger la brochure Focus, L'histoire de l'opération Jubilee.

Dieppe et le Canada

le fil rouge

Dans le cadre de l’Année Canada et en vue du 80e anniversaire du Raid du 19 août 1942, Journal de bord rembobine les fils qui lient étroitement la cité d’Ango au pays de la feuille d’érable.

Le fil explorateur

En 1508, l’armateur dieppois Jehan Ango père envoie le navigateur dieppois Thomas Aubert explorer les rivages de Terre-Neuve (grande île canadienne) où les Dieppois pêchent déjà la morue. En 1524, sous l’impulsion de Jehan Ango fils, les frères Verrazano reviennent à Dieppe après avoir longé six mois durant le continent américain, depuis la Caroline du Nord jusqu’à l’actuel Canada. Ils baptiseront ce territoire Nouvelle France. Au XVIIe siècle, Dieppe devient l’un des premiers ports d’embarquement de colons vers la Nouvelle France

Le fil tragique

Le 19 août 1942, un raid allié en France, occupée par les Nazis, s’est déroulé à Dieppe et ses environs. Cette opération Jubilee qui prévoyait des débarquements sur cinq plages se solde par un cuisant échec. Sur les 6 000 hommes engagés, dont 5 000 Canadiens, près de 1 200 meurent, en cinq heures, dont 913 Canadiens. Les Alliés en tireront des enseignements pour le débarquement de juin 1944 en Normandie. Décimée de moitié lors de ce Raid, la 2e Division du Canada libérera Dieppe le 1 er septembre 1944.

Le fil dieppois au Canada

Afin de commémorer la mémoire des soldats canadiens morts le 19 août 1942, une ville nouvelle de la province du Nouveau-Brunswick, auparavant dénommée Léger’s Corner, est rebaptisée Dieppe en 1952. Cette dernière, qui compte aujourd’hui plus de 25 000 habitants, est l’une desplus grandes villes acadiennes — ensemble de communautés nord-américaines qui parlent français — et même la plus grande ville majoritairement francophone du Canada, en dehors de la province du Québec. Les deux villes homonymes entretiennent des liens étroits et sont jumelées.

Les fils canadiens à Dieppe

Des traces canadiennes se retrouvent dans la toponymie dieppoise, la plupart en lien avec le Raid : Mémorial du 19 août 1942, squares du Canada sur les plages de Dieppe et de Puys, 19 monuments/plaques/stèles à Dieppe et Puys. Des soldats ont donné leur nom à des voiries comme le colonel Dollard-Ménard (traverse), en particulier au Val d’Arquet (allées du soldat Robert-Boulanger, du lieutenant-colonel Charles Merritt…). La rue des Acadiens, l’avenue et le rond-point des Canadiens, le quai du Québec, la sente du Canada… évoquent eux aussi le drapeau à la feuille d’érable.

Les fils culturels

Avec l’appui de Dieppe capitale du cerf-volant, un festival se déroule à Dieppe, en Acadie, en 2001. Depuis, l’International du cerf-volant est devenu un festival important en Amérique du Nord, organisé les années impairs quand l’événement français a lieu les années paires. En 2017, un autre festival, ImaginAir, prend son envol en Acadie. Situé place Camille Saint-Saëns, le Mémorial du 19 août 1942 est géré depuis vingt ans par l’association Jubilee. Unique en Europe, le Festival du film canadien de Dieppe vient de vivre sa 9e édition.